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Edito de J.GOSSET - 1975


J. GOSSET (Paris)
INTRODUCTION


Les mémoires qui vont suivre se suffisent à eux-mêmes. Une introduction est peut-être superflue.
Toutefois nous voudrions souligner l'importance de quelques principes thérapeutiques dans les mutilations de la main. La plupart des articles suivants concernent le traitement tardif des mains mutilées. Beaucoup de difficultés que le spécialiste rencontre auraient pu être minimisées si le traitement d'urgence des plaies graves de la main avait été mieux conduit qu'il ne l'est généralement.
Neuf fois sur "dix une plaie de la main est soignée par un chirurgien généraliste. C'est un fait inévitable. On n'obtiendra jamais que la majorité des plaies graves de la main soit dirigée d'urgence vers des centres spécialisés. Selon nous

1) le traitement de ces grandes plaies ne pose pas de problèmes techniques bien difficiles au-dessus des moyens des chirurgiens généralistes ;

2) les résultats que l'on peut obtenir devant des plaies fraîches et graves avec des moyens simples seront toujours très supérieurs à ceux qu'un spécialiste chevronné pourra obtenir tardivement en usant de techniques complexes et délicates ;

3) sous l'angle humain, social, fonctionnel et surtout psychologique, la multiplication des temps opératoires est toujours fâcheuse chez les blessés de la main ;

4) les plus grands facteurs d'échec que l'on rencontre dans les opérations itératives tiennent à des cicatrices vicieuses et à toutes les conséquences d'une immobilisation prolongée et d'une absence d'utilisation de la main : enraidissements articulaires, atrophie musculaire, décalcification osseuse, sclérose conjonctive. Plus importante que tout, et sans doute encore mal connue dans ses méca-
nismes intimes, est la perte de la coordination volontaire des mouvements complexes, une altération des mécanismes inconscients de la liaison cérébro-musculaire.

Nous avons l'absolue conviction que si le traitement initial des grands traumatismes de la main était mieux connu, mieux conçu par les chirurgiens généralistes (et ce n'est pas là un problème technique), les spécialistes obtiendraient de meilleurs résultats dans des interventions secondaires qui resteront nécessaires mais rencontreront moins d'obstacles.

Nous sommes persuadés que le devenir d'une main profondément lésée dépend pour une grande part du traitement initial. L'avenir se joue dans les deux premières semaines qui suivent l'accident.

Toute politique qui consisterait à répandre chez les chirurgiens généralistes l'idée communément admise que la chirurgie de la main doit être réservée à des spécialistes est néfaste. Il nous faut, au contraire, faire savoir qu'il y a deux sortes de chirurgie des traumatismes de la main : une chirurgie d'urgence et une chirurgie réparatrice secondaire qui ne s'adresse qu'aux échecs, aux imperfections et aux impossibilités de la première. Si celle-ci se perfectionnait, le recours à la seconde s'amoindrirait. Elle serait plus efficace et les malades, en définitive, y gagneraient.

Peut-être par la faute de nombreux spécialistes, les chirurgiens généralistes croient que la chirurgie de la main est un domaine réservé. Devant une plaie grave, ils se croient autorisés à faire le minimum, à éviter l'infection. Cela les décharge de bien des responsabilités ; cela apaise leur conscience quand ils rechi-gnent à sacrifier une activité réglée et des opérations viscérales relativement rapides au profit d'opérations longues minutieuses, relativement peu rentables... financièrement tout au moins.

Il y a plus grave : admettant que la chirurgie d'urgence des mutilations de la main est une chirurgie mineure et simple, trop de chirurgiens s'en libèrent en la confiant à de jeunes élèves inexpérimentés. Tout concourt alors à compromettre le résultat définitif, quelle que soit la compétence des spécialistes auxquels trop tardivement on confiera des mains irrémédiablement compromises.

Pour conclure, nous dirons que notre premier devoir, à nous spécialistes, est de « déspécialiser » la chirurgie d'urgence des grands traumatismes de la main, d'en vulgariser les principes, les règles, les indications, les soins post-opératoires auprès de nos collègues généralistes.

J. GOSSET