Le Livre Blanc de 1998
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Centres d'urgences et centres formateurs en France Analyse
et réflexion sur les acteurs |
F. MOUTET
Hôpital A. Michallo, SOS Mains Grenoble
Introduction
Il s'agit ici de faire un état des lieux et
d'essayer de voir qui est censé faire quoi et dans queues structures. L'objectif
de cette analyse est de dégager les nécessités de fonctionnement pour construire
l'avenir. En se penchant sur le problème, on soulève plus de questions que
l'on en résout, mais les questions ne sont-elles pas plus importantes que les
réponses ?
Définitions et remarques
Il convient avant tout de
définir la chirurgie
de la main. Si cette définition est évidente pour les praticiens, elle ne l'est
peut-être pas autant pour les instances et les interlocuteurs de notre spécialité.
On peut retenir qu'il s'agit de la chirurgie de la main, entité anatomique,
mais aussi, de ses moteurs, de ses nerfs, de ses vaisseaux et de toutes les
structures qui concourent à sa fonction. Il n'en reste pas moins des zones
frontières: le poignet traumatique, le coude et l'épaule.
Une autre remarque s'impose:
les tutelles vent toujours plus sensibles au nombre de praticiens qu'à la qualité de leur pratique.
En matière de chirurgie de la main, la démographie nécessaire estimée pour
les pays de la CEE varie de 1 pour 125 000 à 1 pour 250 0000 habitants. Pour
la France, la fourchette serait donc de 240 à 400 chirurgiens spécialisés potentiels.
Il y a, à l'heure actuelle, 219 membres titulaires ou associés à la Société
Française de Chirurgie de la Main. Tous les membres
de cette société ne vent pas, et il s'en faut, des chirurgiens exclusifs de
la main. Il reste donc encore de vastes espaces de pratique pour les plus jeunes
dans cette voie.
Le présent
Actuellement, les trots piliers
sur lesquels peut s'appuyer la reconnaissance de la chirurgie de la main,
vent la Fédération
Européenne des Services d'Urgence de la Main (FESUM), le Collège français des
enseignants en chirurgie de la main et les formations dispensées par les DU
et DIU.
La FESUM
Elle possède 33 centres en France (Figure 1),
dont 8 dans la région Ile de France. Ils gèrent donc l'urgence 24 h sur 24/365
jours par an. On notera la forte implantation dans le sillon Rhodanien et la
région Province-Alpes-Côte d'Azur (PACA). En Europe, la FESUM représente à ce
jour 59 centres avec une concentration notable de part et d'autre des sillons
Rhodanien et Rhénan (Figure 2).
La croissance nationale des
urgences hospitalières
publiques est de l'ordre de 5 à 7% par an. L'augmentation d'activité des services
d'urgence de la main est régulière de l'ordre de 10 à 15% par an, pour certains
bien davantage, alors même que les installations de chirurgiens libéraux se
multiplient. Ceci pousse à la réflexion sur la gestion de l'urgence.
Le collège
Structure plus jeune que
la FESUM, il établit
petit à petit son maillage national et compte 22 centres formateurs à l'heure
actuelle (Figure 3). Pour devenir centre formateur, il faut répondre à certains
critères et, pour le demeurer, continuer à les respecter. Ceci implique la "revisite" des
centres existants prévue dans les statuts. Cette auto-évaluation permanente
est le meilleur garant du maintien du niveau souhaité par le directoire du
collège.
Sur ces centres, 13 vent
des CHU et 9 vent des structures privées. Dans les CHU, 5 centres vent sous la responsabilité de
chirurgiens orthopédistes et 8 de chirurgiens plasticiens. L'évolution hospitalo-universitaire
actuelle tend progressivement vers une couverture complète par les plasticiens
de la formation des chirurgiens de la main. Ceci ne paraît pas souhaitable
et l'indispensable biappartenance (orthopédie-plastique) de la formation du
chirurgien de la main doit être maintenue. C'est pourquoi il faut d'autant
plus songer à la création d'une sous-spécialité ou d'une compétence qui serait
soutenue, parrainée et portée par les deux grandes spécialités mères. La belle
est dans le camp des instances.
Les centres privés ne valident que pour 6 mois
dans un cursus de formation, et les CHU forment en 2 ans de post-internat,
au moins, des spécialistes. Ce collège comme tous les autres est une association
privée à valeur consultative et n'a que le poids que veulent bien lui accorder
les tutelles, le conseil de l'ordre et les autres interlocuteurs. Sa crédibilité passe
par la rigueur et la fiabilité.
Les DU et DIU
La formation en chirurgie
de la main est aussi encadrée par cinq grands DU et DIU (Figure 4) à ['assistance nombreuse, attentive
et de bon niveau en général, mais pas toujours vouée à l'exercice de la spécialité,
en France en tout cas. Ils sont indispensables à la formation théorique mais
ne sauraient excéder les 10 % qu'ils représentent à l'heure actuelle dans la
notation des candidate à l'examen du collège.
L'harmonisation des contenus
et des cursus de ces DU et DIU est à faire, celle de la docimologie est à peu près acquise.
I1 resterait à harmoniser le niveau national, sans doute, mais aussi européen
avec la FESSH. Ce travail est engagé et nous espérons bien lui voir porter
ses fruits.
Les problèmes
Le niveau de compétence
Suivant le type de structure,
les impératifs
de niveau de compétence ne vent pas identiques. Le fonctionnement d'une structure
accueillant les urgences nécessite une disponibilité effective 24 h/24 - 365
jours par an et donc une équipe avec une pratique régulière et rodée de la
microchirurgie, une compétence en chirurgie orthopédique et plastique et une
structure de rééducation spécialisée. Une structure ne pratiquant que la chirurgie
réglée ne nécessite pas les mêmes impératifs et un chirurgien isolé de qualité,
compétent en orthopédie ou en plastique associé à une structure de rééducation
peut être éminemment formateur. Dans tous les cas, la formation dans un type
de ces structures ne dispense en rien de la formation dans l'autre.
Les problèmes structurels
Certains vent endémiques et liés aux structures
lourdes que vent les CHU et doivent être résolus.
- L'absence de postes fléchés " main ", la
formation "main" dépendant du bon vouloir du chef de service.
- La dispersion des "urgences main" dans les
centres non FESUM et dont le recrutement dépend souvent du bon vouloir du
chirurgien de garde ou de porte.
- La gestion de consultations
pléthoriques
embolisées par des pathologies bénignes. Mais il faut le souligner, il n'y
a pas de " bobologie " et c'est par les petites choses que l'on se perd.
- La masse critique de
formation, 10 réimplantations
par an, 25 mains complexes et au moins 1000 à 1500 mains opérées par an,
semble un ordre de grandeur minimum pour assurer une formation crédible et
valide.
Les structures privées ont un mode de fonctionnement
plus souple puisqu'il relève de leur propre choix de fonctionnement.
Les réseaux
Ils restent à inventer et l'on peut s'inspirer
des succès de collaborations existantes comme à Strasbourg ou Angers entre
secteurs public et privé.
La télémédecine, la circulation de ['information
et la meilleure communication entre les hommes devraient permettre d'intégrer
les compétences dans une filière de soins cohérente et du meilleur niveau,
et ce pour le plus grand bénéfice des patients et ['incidence sur le coût de
la santé publique.
La différence de fonctionnement des centres formateurs
ne se pose pas en termes de public ou privé mais en termes de structure d'urgence
ou non.
L'avenir
Des structures
I1 passe de façon incontournable par des évaluations
et des accréditations. Celles-ci devraient être envisagées sur les bases des éléments
d'évaluation et les critères d'inclusion et d'exclusion mis en place par le
collège et la FESUM.
Des hommes
L'avenir des individus passe
par la reconnaissance du chirurgien de la main. La création d'une spécialité à part entière semble
illusoire à court terme, mais la reconnaissance d'une sous-spécialité ou d'une
compétence apparaît manifestement comme la solution de choix. Au niveau européen,
la création d'une spécialité nécessite la reconnaissance de celle-ci par 2/3
des états membres alors que celle d'une sous-spécialité n'en nécessite qu'un
tiers et que la décision de la reconnaissance d'une compétence ne relève que
de l'avis du conseil de l'ordre.
Accréditations ou validations dépendent des lectures
que l'on en fera et il faut rester vigilant si l'on ne veut pas voir une grande
idée pervertie par l'usage qu'on peut en faire.
Conclusion
En la matière, la bêtise consiste à vouloir conclure.
La structuration grandissante de notre spécialité, son poids socio-économique
en matière de coût de santé, son intérêt pour le bien-être des patients nous
rendent incontournables. Rien ne doit entamer notre crédibilité aux yeux de
nos interlocuteurs et nous faire rater l'occasion que notre intérêt nous permet
d'avoir.
Il faut regrouper nos compétences avant que les
filières ne nous soient imposées. Le moment est stratégique. En harmonisant
la formation, la docimologie et le niveau des critères d'inclusion, nous nous
présenterons sur un front uni et cohérent.