Le Livre Blanc de 1998
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Faut-il avoir peur des nouveaux textes
réglementaires ? |
F. MARIN BRAUN
Clinique du Parc, Strasbourg
Les premiers décrets sur l'accueil et le traitement
des urgences sont parus en mai 1995 mais n'ont guère été réellement appliqués.
Ils ont été en partie repris et modifiés en 1997:
- Décret N° 97-615 du 30
mai 1997 concernant l'accueil et le traitement des urgences;
- Décret N° 97-616 du 30 mai 1997 sur
les conditions techniques de fonctionnement.
Ces deux décrets réglementent et organisent l'activité d'urgence
dans les établissements publics et privés et précisent le rôle des Agences
Régionales pour l'Hospitalisation (ARH) dans cette organisation.
Le postulat de base est que
désormais le traitement
des urgences est subordonné à une autorisation de l'ARH et que seules trois
structures sont possibles pour cette pratique:
- Les SAU: Service d'Accueil et de
traitement des Urgences;
- Les POSU: Pôle Spécialisé d'accueil
et
de traitement des Urgences;
- Les UPATU: Unité de Proximité d'Accueil
et
de Traitement des Urgences.
Pour chacune de ces structures,
il faut considérer
des conditions d'autorisation d'une part, et des conditions techniques de fonctionnement
d'autre part. Si ces conditions sont remplies, une demande d'autorisation auprès
de l'Agence Régionale pour l'Hospitalisation est possible.
Conditions d'autorisation
S.A.U.
- Accueil et traitement
sans sélection de toutes
les urgences;
- Ouverture 24 h/24 h et 365 jours par an;
- Comporte au moins des services de réanimation, médecine, cardio-vasculaire,
pédiatrie, anesthésie-réanimation, chirurgie orthopédique et viscérale;
- Présente en même temps une demande de SMUR (Service Mobile d'Urgence et
de Réanimation).
L'énumération de ces conditions d'autorisation
montre que le titre de SAU ne pourra être accordé qu'à des centres hospitalo-universitaires
ou des gros centres privés qui constitueront la colonne vertébrale de l'organisation
de l'accueil et du traitement des urgences en France.
POSU
- Autorisation exceptionnelle
donnée par l'A.R.H.
après avis du Comité Régional d'Organisation Sanitaire et Sociale (CROSS)
et subordonnée à une convention avec un SAU.
- Le POSU accueille et traite sur site
unique, de façon prépondérante et
hautement spécialisée, des affections touchant un même organe ou altérant
une même fonction.
UPATU
- Accueil sans sélection
de toutes les urgences;
- Traitement des actes simples;
- Transfert des autres à l'aide d'un " contrat de relais>> vers un
autre établissement de santé capable d'accueillir ces urgences;
- Ouvert 24 h/24 h et 365 jours par an
mais pouvant cependant fonctionner une
partie de l'année de façon saisonnière;
- La présence d'un service de médecine
est obligatoire.
Ces deux structures POSU
et UPATU, moins importantes que le SAU, montrent la volonté des services publics d'utiliser des structures
soit plus spécialisées (POSU), soit mieux réparties sur le territoire (UPATU),
de façon à réaliser un maillage le plus efficace possible.
Conditions techniques de fonctionnement
- Les locaux: quelle que soit la structure,
ils devront comporter:
· une zone d'accueil,
· une zone d'examen et de soins,
· une zone de surveillance.
- L'imagerie devra comporter pour les SAU:
· un service de radiologie,
· une échographie,
· un scanner,
· une angiographie 24 h/24.
Dans le cas des UPATU, seul
un service de radiologie avec une interprétation des clichés dans un délai de moins de 12 heures est
nécessaire.
- Le laboratoire doit fournir
les examens biologiques 24 h/24 en urgence. Pour les UPATU, une convention
avec un laboratoire extérieur à l'établissement
est autorisée.
- Psychiatrie: quel que
soit l'établissement,
une convention avec un établissement participant au service public hospitalier
est obligatoire pour l'accueil et le traitement des urgences psychiatriques
ou mixtes.
- L'équipe médicale doit comporter:
· un médecin coordonnateur formé,
· un médecin de garde qualifié,
· un certain nombre d'étudiants internes ou résidents.
À noter que dans le cadre d'un UPATU les médecins
de l'établissement peuvent participer à ce service de garde.
- L'équipe paramédicale
doit comporter:
· un cadre infirmier,
· deux infirmiers diplômés d'état pour les SAU,
· un seul pour les UPATU,
· des aides-soignants,
· des agents de service,
· un assistant-social,
· un agent des admissions.
Demande d'autorisation auprès
de 1'ARH
Elle ne peut être formulée que si ces conditions
d'autorisation et ces conditions techniques de fonctionnement sont réalisées;
une demande d'autorisation doit être faite auprès de l'ARH.
Il faut cependant tenir compte
du planning de révision des <<SROS urgences" (Schéma Régional de l'Organisation Sanitaire)
qui devront être obligatoirement révisés avant le 1er janvier 1999.
Auparavant, le directeur
de l'Agence Régionale
pour l'Hospitalisation organisera une session régionale d'études et des propositions
sur l'offre des soins en urgence. Cette session a pour but de:
- proposer un projet de répartition
territoriale,
- préciser les établissements possibles,
- indiquer les contrats-relais et les réseaux necessa~res,
- indiquer le rôle du médecin traitant.
Après la publication du SROS, révisé donc au
plus tard à partir du 1/1/1999, un délai de quatre mois est accordé par le
ministre de la Santé pour le dépôt des demandes d'autorisation.
Poursuite de l'activité d'urgence
Le directeur de l'ARH peut,
de sa propre initiative, organiser une mission d'expertise inter-régionale
qui aura pour mission d'examiner:
- les moyens humains et techniques,
- les références médicales et professionnelles,
- les qualifications urgences,
- les garanties de sécurité,
- les garanties de qualité médicale.
L'avis de la mission sera
transmis au CROSS, à la
suite de quoi une autorisation pourra être donnée, touj ours limitée dans le
temp s et cons tamment soumise à une évaluation basée sur des référentiels
de qualité.
Mission de service public ?
Pour faire la synthèse, il faut comprendre que,
pour le législateur, l'accueil et le traitement des urgences constituent des
missions de service public:
- Ces missions sont encadrées par des décrets.
- Il s'agit d'un acte volontaire soumis à une demande d'autorisation.
- La sélection se fera en fonction de la compétence et non pas par rapport
aux patients, c'est-à-dire l'égalité " public-privé " concerne les droits
et les devoirs.
- L'évolution voulue par les services publics se fait vers l'autonomie des
services d'urgences, et surtout, vers la création de réseaux de soins.
Un réseau ? Pour quoi faire ?
La créntion de réseau correspond à une orientation
de santé publique.
- Son but ? Il s'agit de
la prise en charge globale du blessé depuis la prévention jusqu'à la reprise de ses activités.
- Comment? Il faudra élaborer un partenariat
entre les différents professionnels complémentaires, coordonner leurs interventions,
adapter l'offre de soins, et garder sa spécificité à la chirurgie de la main.
- Quelle structure? La
réalisation de contrats écrits
et validés par l'ARH est obligatoire.
L'expérience du service SOS MAIN dans
le bassin sanitaire de Strasbourg
Un embryon de réseau a été réalisé dans le bassin
sanitaire de Strasbourg à partir de 1995. En effet, avant cette date, deux
services indépendants assuraient en parallèle le traitement des urgences de
la main 365 jours par an et 24 h/24:
- SOS MAIN Strasbourg
- et le Centre de Traumatologie.
À partir de 1995, le Centre de Traumatologie
obtenant son affiliation à la FESUM (Fédération Européenne des Services d'Urgences
de la Main) rejoint ainsi SOS MAIN Strasbourg, membre fondateur depuis 1975.
Les deux services répondant aux critères de la FESUM ont décidé d'un commun
accord d'engager une collaboration afin de mieux organiser l'offre de soins
pour le traitement hautement spécialisé des traumatismes de la main dans le
bassin sanitaire de Strasbourg. En effet, l'étude des caractéristiques des
deux centres, de leurs activités respectives constatées et prévisibles, et
des flux saisonniers des urgences de la main les a conduits à partager la garde
pour les urgences tout en continuant à exercer leur activité propre de chirurgie
réglée comme par le passé. Ainsi, pour toute urgence de la main, un seul centre
SOS MAIN avec un numéro de téléphone unique est à la disposition du public
orientant les blessés vers SOS MAIN Strasbourg-Centre, les semaines impaires,
et SOS MAIN Strasbourg-Sud, les semaines paires.
Cette collaboration entre
une structure publique et une structure privée donne actuellement satisfaction tout en assurant comme
auparavant le traitement des urgences de la main. Elle permet de réduire de
deux à un le nombre des services de garde 365 jours par an et 24 h/24.
L'étude des activités respectives des deux services
et de leur activité globale montre que cette collaboration a été bénéfique
en termes de volume d'activité (Figures 1 et 2).
Conclusion
En conclusion, on peut se poser la question:
pourquoi faire des urgences ?
En effet, il s'agit d'une
activité complexe très
réglementée et souvent dévalorisée. À ces remarques, il faut opposer une bonne
image de marque pour cette activité très médiatique et très importante sur
le plan du volume puisque environ 1400 000 cas de traumatismes de la main surviennent
chaque année en France.
De plus, si la participation
au service d'urgence exige une disponibilité et une motivation de tous les instants, l'image de
service public et la possibilité d'en faire une activité pilote pour un établissement
ne doivent pas être négligées.
Si les traumatismes mineurs,
soit disant peu intéressants, représentent un cas sur deux, il ne faut pas oublier que l'autre
moitié des cas sont de vraies urgences nécessitant un traitement hautement
spécialisé et confirmant, s'il en était besoin, la spécificité de cette chirurgie.
Enfin, pour les jeunes chirurgiens,
le traitement des urgences peut assurer un recrutement non négligeable et, pour les plus
anciens, continuer à participer à un service d'urgence leur permet de conserver
une activité microchirurgicale de base.