Le Livre Blanc de 1998
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Accidents de la main. Donnees socio-economiques |
M. LE BOURG
Clinique Saint-Vincent, Saint-Grégoire
Introduction
Il y a 10 ans, Y. Allieu organisait
dans le cadre d'Euromédecine 87 à Montpellier un colloque sur la main traumatique; en introduction,
R. Tubiana [1-23] situait le poids socio-économique des accidents de la main:
- 1/3 des accidents du travail concerne la main;
- 1/4 des journées de travail perdues est dû à ces traumatismes;
- 1/10 des accidents entraîne une incapacité permanente partielle(IPP);
- 1/3 de l'ensemble des IPP résulte des accidents de la main.
"Ces chiffres ne tiennent pas compte des accidents
dits domestiques. Si on ajoute ces derniers à ceux du travail, le total des
accidents de la main dépasse en France 500 000 par an. "
Ce chiffre de 500 000 accidents
de la main par an a été souvent repris, mais a été peu précisé; nous savons que, depuis 10 ans,
la prévention s'est améliorée, l'emploi s'est modifié et que la chirurgie de
la main s'est structurée, mais le nombre des accidents a-t-il varié et leur
incidence économique a-telle changé ? Notre propos est une synthèse actualisée.
Méthodologie
Les difficultés sont nombreuses, liées au manque
de données, ou à leur caractère partiel (étude de groupes spécifiques), et à leur
manque d'homogénéité: il existe des différences dans le mode de recueil qui
peut être exhaustif ou statistique et surtout dans le type de données recueillies
qui rendent les comparaisons difficiles et nécessitent des extrapolations.
Certains chiffres sont donc des estimations.
On peut distinguer trois types de traumatismes ayant
chacun leur mode de recueil de l'information:
- les accidents du travail;
- les accidents de circulation;
- les accidents de " vie courante ".
Les accidents du travail
Ce sont les mieux documentés,
car ils impliquent le recueil d'un diagnostic.
On dispose de deux grandes sources mises à jour chaque année:
- celle du régime général de l'assurance maladie
(14 499 318 salariés);
- celle de la mutualité sociale agricole (1 332 632 salariés).
Nous avons utilisé les statistiques
de 1995.
Mais, il manque: les agriculteurs
exploitants, les travailleurs indépendants, les professions libérales... Ils représentent 6
512 000 personnes soit 29 % des actifs occupés (source INSEE: enquête emploi
mars 1995).
Les accidents de circulation
Il n'existe pas à notre connaissance de bilan global
des accidents de circulation avec un diagnostic lésionnel.
Nous disposons de deux sources qui comportent des
renseignements diagnostiques:
- l'étude du laboratoire d'accidentologie et de
biomécanique PSA Peugeot Citroen/Renault qui recueille les données expérimentales
d'accidents provoqués, pour les occupants de voitures. Elle a débuté en 1970
et porte sur 11 752 occupants;
- l'enquête du laboratoire d'épidémiologie appliquée à la
sécurité des transports (INRETS) qui recense les victimes d'accidents de
la circulation du département du Rhône. Elle utilise la classification lésionnelle
internationale AIS (Abbreviated Injury Scale) qui associe diagnostic topographique
et lésionnel, et indice de gravité. Elle est exhaustive.
Les accidents de " vie courante "
Ils incluent les accidents domestiques,
scolaires, de sports et de loisirs et excluent les accidents de circulation,
du travail,
ainsi que les agressions. Il n'y a pas de recueil exhaustif de données par
manque d'information diagnostique.
On dispose de deux enquêtes:
- une enquête épidémiologique: l'enquête EHLASS
(European Home and Leisure Accident Surveillance System) débutée en 1986.
Elle étudie les patients admis aux urgences de 9 hôpitaux (Aix-en-Provence,
Annecy, Besançon, Béthune, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Limoges, Reims et
Vannes). Elle ne constitue pas un échantillon représentatif et ne peut pas être
extrapolée [13].
- une enquête statistique: l'enquête CNAMTS sur
les accidents de la vie courante réalisée de 1987 à 1994 [6]. C'est une enquête
postale rétrospective qui interroge un échantillon représentatif des assurés
du régime général sur les accidents de vie courante survenus dans les 12
derniers mois. Elle porte sur 606 716 personnes.
Résultats
Nous avons essayé de chiffrer le nombre d'accidents
de la main et d'apprécier leur degré de gravité.
Les accidents du travail (Tableau 1)
Lorsqu'il y a un arrêt de travail, plus d'une
fois sur quatre la main est blessée, mais les données de la CNAMTS ne prennent
pas en compte les accidents sans arrêt de travail. On peut faire une estimation:
- soit à partir des données de la MSA 1995
(55,6% des accidents donnent lieu à arrêt de travail): le nombre total serait
d'environ 338 000;
- soit à partir des données de la CRAM de Haute
Normandie 1995 [4] (48,7% des accidents donnent lieu à arrêt de travail):
le nombre total serait alors d'environ 385 000.
Les accidents du poignet
ne sont pas comptabilisés.
Ils représentent 3,81 % du total des accidents avec arrêt (source CRAM Bretagne
1995), soit environ 25 600.
Ces chiffres sont par défaut: si les salariés
de la CNAMTS et de la MSA sont les catégories les plus à risque pour les accident
du travail de la main, il faut rappeler que 29 % des actifs ne sont pas comptabilisés.
Pour mesurer la gravité des
accidents, nous avons retenu (Tableau 2):
- l'existence d'un arrêt
de travail;
- la durée de l'arrêt de travail;
- l'existence d'une IPP et son taux.
Nous avons répertorié près de 200 000 accidentés
de la main étiquetés graves, avec une fréquence plus élevée en milieu agricole
quant à l'IPP (9,57 % CNAMTS- 16,54% MSA) alors que le taux moyen est identique
de 5,64 %.
Les accidents de la main
totalisent 29,8 % des IPP et 18,7% des jours perdus par incapacité temporaire
(IT).
Les accidents du poignet
ont une durée moyenne
d'arrêt de travail de 41,3 jours. Ils entraînent une IPP dans 8,16 % des cas,
d'un taux moyen de 8,5 % (source: CRAM Bretagne 1995).
Les accidents de la circulation
Le ministère des Transports ne fournit qu'un
bilan global: en 1995, 132 949 accidents ont entraîné 8 412 tués et 181403
blessés dont 32 957 graves.
L'enquête du laboratoire d'épidémiologie appliquée à la
sécurité des transports (LEAT) est plus exhaustive, selon les mêmes critères
d'inclusion que les bulletins d'analyse d'accidents corporels de la circulation
(" BAAC ") à l'origine de la statistique officielle, la statistique du ministère
ne prend en compte que 61 % des blessés relevant de soins. Les traumatismes
de la main et de l'avant-bras représentent 19% du total, environ 1/3 de ces
traumatismes relève de la consultation chirurgicale ou de la chirurgie. On
peut situer le nombre de ces accidents autour de 56000 dont environ 18 500
graves.
L'étude expérimentale du laboratoire d'accidentologie
montre une fréquence inférieure: 13,3 % d'accidents de la main dont 24 % de
graves (parallèlement 10% des blessés graves ont une fracture déplacée de l'avant-bras),
mais elle n'étudie que des accidents de voiture.
Les accidents de " vie courante "
L'enquête sur les accidents de vie courante de
la CNAMTS [6] estime la fréquence des accidents de la main à 16,45 accidents
pour 1 000 personnes et par an, soit 954 860 (pour une population de 58 020
080 habitants).
Les accidents de la main
représentent 21,7% des
accidents de vie courante.
L'enquête EHLASS [13] donne un résultat comparable: doigts 14,4 %, main sauf
doigts 4,4 %, poignet 5,5 % du total des accidents recensés.
Les critères de gravité sont plus difficiles à définir,
car cette population ne comprend que 40% d'actifs. On peut cependant retenir
que:
- 1/2 des patients (501
862) ont eu recours à un
médecin;
- 1/3 des patients (293198) ont été admis dans un établissement hospitalier;
- 22,2 % des patients ayant un emploi ont eu un arrêt de travail d'une durée
moyenne de 24,4 jours;
- les accidents scolaires entraînent un arrêt dans 5,6% des cas et une dispense
de sport dans 26,9 % des cas.
Au total, on peut retenir le chiffre d'environ
1 400 000 accidents de la main par an.
L'appréciation de la gravité, en l'absence de
critères définis et communs aux différentes sources, est plus approximative.
Le chiffre de 620 000 paraît une estimation raisonnable (Figure 1).
Coût financier
Le coût global peut être divisé en plusieurs
postes, à savoir ceux:
- des dépenses liées aux soins:
· frais médicaux et paramédicaux: honoraires,
pharmacie, examens complémentaires, rééducation, frais de transport...;
· frais d'hospitalisation.
Le budget global, dans le
secteur public, rend difficile l'analyse de ces différents postes.
- des dépenses d'indemnisation:
· indemnités journalières pour arrêt
de travail;
· indemnités pour incapacité permanente partielle. Elles peuvent être versées
sous forme de capital ou de rente annuelle dont le montant prévisionnel tient
compte de l'espérance de vie.
Ces indemnités dépendent éventuellement
de la prise en charge ou non au titre de l'accident du travail.
Ces chiffres peuvent être modifiés en raison
de l'éventuelle nécessité de traitements complémentaires.
Ce coût global est actuellement difficile à estimer,
ce qui peut étonner.
Les accidents de vie courante
et les accidents de la circulation n'ont pas fait l'objet d'étude de leurs coûts en dehors d'enquêtes
ponctuelles de la CNAM ou d'assurances privées [19].
L'étude des coûts des accidents du travail est
plus précise mais elle est rarement associée à un diagnostic lésionnel. Nous
disposons cependant des études spécifiques des coûts des accidents de la main
réalisées par la MSA nationale et la CRAM de Haute-Normandie.
Le coût moyen d'un accident de la main avec arrêt
(source: au CRAM Haute Normandie 1994) est de 10802 F tandis que le coût moyen
est de 11469 F pour un accident en général, pour la même caisse [4].
Pour la MSA, le coût moyen d'un accident de la
main avec arrêt est de 12503 F tandis que le coût moyen global, avec ou sans
arrêt, est de 7509 F [5].
La majeure partie des dépenses est liée aux indemnités.
Pour les accidents en général (source: CRAM Bretagne
1995), cette part atteint 79 %, l'hospitalisation 9%, et les frais médicaux
et paramédicaux 12% (ce budget frais médicaux et paramédicaux est sensiblement égal
au budget consacré à la prévention des accidents).
Pour les accidents de la
main (source: CRAM Haute Normandie 1994), la répartition est sensiblement la même: les indemnités représentent
81% (43 °/O IJ + 38 % IPP), l'hospitalisation 7 % et les frais médicaux et
paramédicaux 12 %.
Les chiffres MSA (source:
MSA 1995) sont encore plus significatifs: la part des indemnités atteint 83,8 % (37,9% d'IJ + 45,9%
d'IPP) pour 16,2% à la part des soins de santé. Cette part plus importante
des IPP peut être liée à leur fréquence: 16,5% des accidents ont une IPP contre
9,5 % dans le régime général.
Le mode d'indemnisation de
l'IPP d'un accident du travail, par capital pour un taux inférieur à 10%, et par rente pour un
taux supérieur à 10% majore encore cette part de la dépense d'indemnisation
(Tableau 3).
Le coût moyen d'un accident de travail en général
est de 13488 F. il est de 9063 F si l'IPP est < 10% et de 448373 F si l'IPP
est > 10% soit un ratio de 1 à 50 (source CNAMTS 1995).
Cet intérêt économique à réduire le taux des
IPP a été souligné dans des études préalables [11-17] qui analysaient plus
spécialement les bénéfices de la microchirurgie et de la replantation. Les
données d'une assurance privée (MACIF Loir-Bretagne) (Tableau 4) montrent également
des écarts de coût très importants pour des pathologies fréquentes apparemment
plus simples, et justifient le même effort pour proposer le meilleur traitement
possible d'emblée.
Une assez grande homogénéité des différentes
régions de France existe dans les écarts des taux d'IPP (Figure 2). Pour la
main, les taux suivent ceux de l'ensemble des accidents, les différences les
plus significatives concernent la durée moyenne du nombre de jours d'arrêt
(IT) (Figure 3), mais elles ne sont pas non plus spécifiques de la traumatologie
de la main.
Tendances