Le Livre Blanc de 1998
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Aperçu des activités de chirurgie
orthopédique
et traumatologique |
au travers des activités anesthésiques (enquête SFAR1 1996)
Lors de la mise en place du décret n° 94-1050 du 5 décembre 1994 sur la sécurité anesthésique
[12], la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR) a souhaité réaliser
avec précision une évaluation quantitative de la pratique anesthésique en France.
C'est en effet un préalable indispensable à toute étude ultérieure sur la morbidité/mortalité en
rapport avec l'anesthésie. Cette évaluation quantitative était d'autant plus
justifiée que depuis 1980, date de l'enquête INSERM sur l'anesthésie [14],
il n'existait pas de données actualisées complètes sur ce point, officielles
ou professionnelles.
Pendant l'année 1996, la SFAR a donc mené, avec le soutien
des syndicats professionnels et l'aide méthodologique et technique de 1'INSERM
(SC8SC25), une enquête dans tous les établissements français où sont pratiquées
des anesthésies (enquête intitulée " trois jours d'anesthésie en France ").
Les objectifs de cette enquête étaient de connaître le nombre annuel d'anesthésies,
les techniques, les conditions de réalisation (urgence, ambulatoire, moment
dans la journée, durée), pour quels actes, pour quels patients, avec quelle
pratique transfusionnelle... afin de comparer ces chiffres aux données de 1980.
Pour que les résultats de l'enquête soient valables, il fallait que les 1 583 établissements
français (métropole et DOMTOM) où sont pratiquées des anesthésies participent.
Les anesthésistes-réanimateurs de chaque établissement devaient consigner,
pendant 3 jours consécutifs tirés au sort, toute leur activité anesthésique
en utilisant une fiche de recueil de données pour chaque patient anesthésié (cf.
annexe 1).
Grâce à une parfaite campagne nationale d'information, et une
motivation exceptionnelle de tous les anesthésistes-réanimateurs, le taux de
participation a été de 98 % (100 % CHU et PSPH, 99 % CHG, 97% cliniques privées)
et a permis de recueillir un échantillon de 62415 fiches, représentatif des
activités nationales. Une procédure de vérification des fiches a posteriori
a été réalisée dans 5 % des établissements tirés au sort. Elle a consisté à aller
comparer, sur le terrain, les fiches transmises avec les données des cahiers
opératoires. Le faible taux de données manquantes (2'\o) a confirmé que les
variables relevées étaient correctes et autorisaient l'extrapolation à l'échelle
nationale [16].
Les résultats ont montré qu'en 15 ans, le nombre d'anesthésies
a plus que doublé, passant de 3 600 000 +/- 240000 en 1980 à 7 937 000 +/-
387000 en 1996. Tous les types d'établissements ont augmenté leurs activités,
mais cette progression est plus forte dans le secteur privé qui réalise 58
% des actes. L'anesthésie pour des actes chirurgicaux ne représente désormais
que 70% des activités anesthésiques (= 5879000 interventions chirurgicales),
alors qu'elle représentait 90 % en 1980 (= 3 240 000).
La chirurgie orthopédique et traumatologique (COT) réalisée
sous anesthésie générale ou locorégionale correspond actuellement à 26% de
l'activité chirurgicale, toutes spécialités confondues (Figure 1). C'est la
spécialité chirurgicale la plus pratiquée en France, équivalant à 1450000 interventions
chirurgicales nécessitant la présence d'un anesthésiste- réanimateur. Cette
activité a doublé en 15 ans, puisqu'en 1980 elle ne représentait que 650000
actes [14]. Il faut signaler que, pour toutes les spécialités chirurgicales,
le nombre d'actes a augmenté depuis 1980, à l'exception de la chirurgie digestive
qui s'est maintenue aux alentours de 700 000 interventions par an [14-16].
La chirurgie pratiquée sur le membre inférieur représente 57 % de l'ensemble
de la COT, celle pratiquée sur le membre supérieur 43 % se décompose en 5 %
pour la chirurgie de l'épaule et 38 % pour la chirurgie du membre supérieur
(épaule exclue). Ces 38% englobent la traumatologie du membre supérieur traitée
chirurgicalement, la chirurgie programmée du coude, du poignet et de la main.
En 1980, la chirurgie de la main représentait 13% de l'activité totale de la
COT [14].
Activités de chirurgie orthopédique
et traumatologique réalisées en 1996 selon le type d'établissement. Comparaison
par rapport à la pratique générale de l'anesthésie [16] |
Les caractéristiques des patients opérés de COT sont légèrement
différentes suivant que la chirurgie porte sur le membre supérieur ou sur le
membre inférieur. Ainsi, si le sexe est identique pour les patients opérés
du membre inférieur (50 % d'hommes, 50 % de femmes), il y a prédominance masculine
pour la COT du membre supérieur, épaule exclue: 54 % contre 46 %. L'âge des
patients opérés du membre supérieur est moins élevé que celui des patients
opérés du membre inférieur (Fig. 2): la majorité des patients se situe entre
10 et 55 ans pour le membre supérieur, alors que le pic maximum de patients
opérés du membre inférieur est aux alentours de 70 ans.
Quant au risque anesthésique2, il est moins élevé pour les
patients opérés de COT du membre supérieur que du membre inférieur: 70 % sont
en effet de classe ASA 1, 25 % sont ASA 2 pour le membre supérieur, alors que
pour le membre inférieur 50 % sont ASA 1, 33 % ASA 2 et 13 % ASA 3. Comparés à l'ensemble
de la population française anesthésiée en 1996, les patients opérés d'une COT
du membre supérieur sont en moyenne à plus faible risque anesthésique: en effets
70% ont été classés ASA 1 contre 59 % de l'ensemble des Français anesthésiés,
et 25% étaient ASA 2 contre 29% de l'ensemble des Français. Ce moindre risque
pour les patients de COT du membre supérieur tient au fait que les pathologies
opérées (fractures, accidents du travail...) sont l'apanage de sujets plus
jeunes que ceux opérés de pathologies arthrosiques du membre inférieur où des
facteurs tiers viennent grever la morbidité et mortalité anesthésiques.
Les techniques d'anesthésie qui ont été utilisées pour la COT ont beaucoup évolué depuis
1980. En effet, à cette époque n'étaient réalisées que 4 % d'anesthésies locorégionales
(ALR) pour les actes de chirurgie, alors qu'il y en a eu 23% en 1996. Environ
45 % des ALR ont été faites pour de la chirurgie orthopédique: les plus souvent
pratiquées pour le membre supérieur ont été des blocs plexiques dans 55 % des
cas, des ALR intraveineuses avec garrot dans 29 % des cas et des blocs tronculaires
dans 12 % des cas. Concernant la COT du membre inférieur, la pratique de l'ALR
est moins fréquente que pour la COT du membre supérieur. C'est la rachianesthésie
qui a été prioritairement pratiquée, représentant 71% des ALR des membres inférieurs,
suivie des anesthésies tronculaires (12%) puis plexulaires (9%), et enfin de
l'anesthésie péridurale (5 %)
Age des patients anesthésiés pour chirurgie
orthopédique et traumatologique.
2.
Risque anesthésique selon la classification de l'American
Society of Anesthesiologists(ASA):
ASA 1: Absence d'une affection autre que celle nécessitant
l'acte; pas de perturbation d'une grande fonction.
ASA 2: Perturbation modérée d'une grande fonction, en relation
ou non avec l'affection chirurgicale.
ASA 3: Perturbation sévère d'une grande fonction, en relation ou non
avec l'affection chirurgicale.
ASA 4: Atteinte d'une grande fonction, faisant courir un risque vital
imminent.
ASA 5: Patient moribond. |
La durée des anesthésies, donc des interventions chirurgicales,
est moindre pour la COT du membre supérieur que pour celle du membre inférieur
(Figure 3). Ainsi 41 % de la chirurgie du membre supérieur durent moins de
I h, 30 % moins de 2 h, alors que pour la chirurgie du membre inférieur 39
% durent moins de 2 h et 19 % moins de 3 h.
Conclusion
Bien que les objectifs de l'enquête SFAR n'étaient pas ciblés
sur les activités chirurgicales, la connaissance des pratiques anesthésiques
a permis de cerner les activités nécessitant la présence d'un anesthésiste-réanimateur.
La codification plus précise des actes chirurgicaux dont les intitulés ont été notifiés
par les anesthésistes-réanimateurs sur les fiches de saisie, pourrait être
réalisée dans un temps ultérieur et devrait permettre d'affiner les données
actuellement disponibles. Quoi qu'il en soit, il apparaît que la chirurgie
orthopédique et traumatologique représente actuellement la principale discipline
chirurgicale, équivalant à plus du quart de tous les actes de chirurgie. Ce
chiffre est d'ailleurs probablement sous-estimé puisque les interventions réalisées
en dehors de la présence d'un anesthésisteréanimateur n'ont pas été répertoriées.
Presque 40 % de la chirurgie orthopédique et traumatologique correspondent à des
interventions sur le membre supérieur (épaule exclue) où la chirurgie de la
main tient une place certainement supérieure à celle relevée dans l'enquête
INSERM de 1980. Les procédures chirurgicales du membre supérieur sont plus
volontiers pratiquées sur le mode ambulatoire que le reste de la chirurgie,
et l'utilisation des anesthésies locorégionales s'est considérablement accrue.
Dans la mesure où 70% des interventions durent moins de 2 h, qu'elles touchent
majoritairement des patients à faible risque anesthésique et qu'elles sont
de plus en plus souvent réalisées sous anesthésie locorégionale plexiques ou
tronculaires, la pratique ambulatoire de ces procédures devrait prendre un
essor particulier.
Durée des anesthésies pour la chirurgie
orthopédique et traumatologique
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M.C. LAXENAIRE*, Y. AUROY**,
F. PÉQUIGNOT***, F. CLERGUE****
* CHU Hôpital Central, Nancy
** Hôpital Militaire Percy, Clamart
*** INSERM SCo°, Le Vésinet
**** Hôpital Cantonal, Genève
1. Société Française d'Anesthésie et de Réanimation,
74, rue Raynouard, 75016 Paris.
* Professeur d'Anesthésie-Réanimation, Département d'Anesthésiologie,
CHU Hôpital Central, 54035 Nancy cedex.
** Praticien d'Anesthésie-Réanimation, Hôpital
Militaire Percy, 92141 Clamart cedex.
*** INSERM SC8, 44, Chemin de Ronde, 78110 Le Vésinet. **** Professcur d'Anesthésie-Réanimation,
Hôpital Cantonal, Genève.