Le Livre Blanc de 1998
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Chère lectrice, cher lecteur,
Vous aurez nécessairement recours au moins une
fois dans votre longue vie à un chirurgien de la main car vous appartiendrez à cette
cohorte des 1400000 blessés dénombrés annuellement en France.
Au moment où se transforme le système de santé nous
sollicitons quelques instants l' attention de ses acteurs afin qu'ils saisissent
l'importance de structurer les unités de chirurgie de la main et de valider
un travail considérable qui a été entrepris avec sérieux depuis plusieurs décennies
par les chirurgiens de la main et les différents organismes associatifs qui
les fédèrent.
À l'occasion du 33e congrès de la Société Française
de Chirurgie de la Main, j'ai demandé au Docteur Guy Raimbeau, qui a créé et
qui dirige le centre de la Main d'Angers, d'effectuer avec ses collègues l'état
des lieux de cette pratique chirurgicale.
Le bilan de ce travail est éloquent et ne pourra
laisser indifférent aucun des acteurs en charge de l'organisation du système
de santé. Ils ne manqueront pas d'être interpellés sur l'impossibilité d'obtenir
une photographie exacte de l'activité de chirurgie de la main en France malgré l'interrogation
de 14 instituts ou organismes officiels. Ils seront surpris d'apprendre qu'une
intervention secondaire, conséquence d'une chirurgie primaire trop tardive
ou réalisée par un chirurgien non spécialisé ou ne disposant pas d'un plateau
technique adapté, générera un surcoût de 100000 francs.
Cette étude montre que le chirurgien de la main
a dû entreprendre une formation longue et complexe puisqu'elle implique à la
fois la maîtrise de l'orthopédie et traumatologie, de la chirurgie plastique
et des techniques de microchirurgie vasculo-nerveuse. Cette chirurgie ne nécessite
pas d'investissements lourds sur le plan matériel mais elle est consommatrice
de temps opératoire et postopératoire et est indissociable d'une parfaite collaboration
avec les médecins rééducateurs, kinésithérapeutes, ergothérapeutes et appareilleurs.
Enfin, c'est une chirurgie qui est parfaitement adaptée à la pratique ambulatoire
grâce aux progrès des techniques d'anesthésie locorégionale.
L'enquête prouve que les patients bien informés
sur la spécificité de la chirurgie de la main se dirigent massivement vers
les équipes les mieux structurées, qu'elles exercent en secteur libéral ou
public. À l'initiative de quelques chirurgiens de la main, il a été créé, voici
plus de 20 ans, une Fédération des Services d'Urgence de la Main qui est devenue
ensuite européenne (FESUM).
Cette structure associative a démontré son efficacité en
termes socio-économiques. Pour toutes ces raisons, il n'est plus possible de
continuer à pénaliser, au nom des quotas, les unités de chirurgie de la main
qui exercent dans le secteur libéral alors qu'en acceptant de traiter les urgences
elles effectuent un véritable service public.
L'Académie Nationale de Médecine, en octobre 1994,
avait émis le vœux que: " ... les services d'urgence de la main remplissant
les conditions de fonctionnement définies par la Commission nationale de restructuration
des urgences soient réparties sur l'ensemble du territoire et soient habilitées
comme Service d'accueil des urgences Spécialisées (SAUS) ". Cette notion s'est
affirmée depuis sous le sigle POSU (Pôle spécialisé d'accueil et de traitement
des Urgences).
Nous souhaitons que l'organisation de cette activité chirurgicale
s'effectue dans la plus grande concertation avec les pouvoirs publics. Les
enjeux socio-économiques sont importants car réparer un blessé de la main dans
les meilleures conditions, c'est le plus souvent lui assurer une reprise de
travail à son poste initial. Une mutilation définitive est souvent le début
de l'exclusion du monde du travail.
Nous vous remercions de l'accueil que vous voudrez
bien réserver à ce " livre blanc" en souhaitant qu'il soit l'occasion de créer
une véritable dynamique pour intégrer, enfin, la chirurgie de la main dans
notre système de santé.
Professeur M. MERLE
Président de la Société Française de Chirurgie
de la Main